On ne veut plus de stars, ni même de nouvelles stars. On veut des artistes, de ceux dont la proximité avec leur public participe de la création de l'œuvre qui va nous émouvoir.
Joana fait partie de ces artistes proches. Pas de tralalas ni de faux-semblants de fausse diva. Quand elle fait un concert, Joana vous prend la main, simplement, gentiment, pour vous inviter à une immersion dans un univers musical personnel. Comme l'hôte d'une maison meublée avec goût, elle vous propose de faire le tour du propriétaire. C'est à peine si j'utilise un sens figuré : Joana a effectivement parsemé la scène de ses objets familiers, tapis, coussins, tableaux et autres chaleureux repères.
Jusqu'au titre : Joana en aparté. Installez-vous : vous êtes bien conviés à deux heures d'intimité. Vous ne la connaissiez pas ? Elle sera votre amie après ces deux heures. Parce qu'elle vous aura raconté beaucoup d'elle-même, tout cela sans exhibitionnisme, toujours avec cette mesure délicate qui fait les grands artistes.
Elle vous aura conseillé d'abord de profiter de la fraîcheur d'un jardin d'hiver après que ses exceptionnels musiciens aient planté le décor à coup de sonorités insolites, tels des animaux exotiques courant çà et là dans ledit jardin pour vous rappeler que vous êtes déjà bien loin de votre quotidien blafard.
Puis elle parlera de sa vie, de l'amour, de l'amitié, de la misère des bidonvilles. En parlant d'elle, vous comprenez vite qu'elle parle aussi de vous. Comme Joana ne triche pas, vous reconnaissez instantanément dans ses paroles, dans la modulation de sa voix, toutes vos propres préoccupations. La sincérité est le seul vecteur valable pour un artiste. Le feu n'est pas d'artifice. Il chauffe vraiment, celui-là.
Il brûle même parfois quand on s'en approche trop. Si vous écoutez trop attentivement ce qu'elle dit de son oncle Kinoufle, l'émotion peut vous submerger jusqu'au malaise. Et pourtant, vous en redemandez encore parce que vous prenez vite goût à la puissance des mots, à l'ivresse des sons qui sortent des instruments des musiciens, à l'envoûtement que provoque en vous la voix chaude et si personnelle, la fameuse signature vocale.
Avant que vous ne soyez consumé par l'émotion, vous sentant bien à point, Joana vous propose un rafraîchissement sous forme d'une coquine Eau à la bouche de Gainsbourg, avec un tempo sixties et une chorégraphie proche de celle de Bardot dans un film de Vadim.
Vous êtes conquis. La maîtresse de maison vous tient dans sa main et peut alors vous susurrer un délicieux et délirant My funny Valentine et vous asséner le coup de grâce avec un Calling you de rêve.
Elle prétendra, cependant, au moment de vous quitter, que c'est vous qui êtes for me formidable pour elle.
Vous ferez semblant de la croire.
Il y a des politesses qui sont de petits messages d'amour.
Jean-Pierre